dimanche 10 décembre 2017

Propos peut-être mal à propos...

Alors voyez-vous,
Je n’appréciais pas Jean d’Ormesson. 
Je n’appréciais pas non plus Johnny Hallyday.
Ce n ‘était pas mon territoire culturel, ma patrie de cœur.   
Ce qu’ils ont pu faire ou produire ne m’a jamais intéressé.  

J’ai donc en conséquence soigneusement éteint tous les boutons.
Une précaution personnelle qui m’a permis de me tenir à l’écart, d’échapper -un peu- à la déferlante.
J’ai toutefois, à l’écart donc et à tête reposée, lu.

Et je conteste vigoureusement qu’il apparaisse implicitement que pour être vraiment humain il ne faut pas résister à l’émotion préfabriquée que nous imposent dans ces moments-là les lèche-bottes du prêt-à-pleurer médiatique, les opportunistes de la liturgie et leur usine à clichés, leurs discours réducteurs de spécialistes improvisés qui ne savent rien, et j'en passe. 

Cela me paraît déplacé, indigne, à commencer pour ceux qui sont touchés, et ce que je ne comprends pas c’est comment ils font ? Comment toutes ces personnes sincèrement touchées supportent-elles cela, survivent-elles à ce déballage, ce show ? 
Je suis à peu près sûr que parmi elles certaines sont mal à l’aise.   

Car je ne conteste pas une seule seconde que l’écrivain et le chanteur aient touché les gens, goûts et affinités, qu'ils "fassent partie" de leur vie, de leur histoire, et qu'au nom de cet attachement, de cette affection certains soient émus et tristes. Chacun de nous connaît cela quand une part de son "patrimoine affectif" disparaît physiquement.  

Alors ce show... 
Ce n’est pas ainsi que je vois les choses.
Et chacun fait comme il peut.
Nous avons tous intimement nos joies, nos peines, nos peurs, nos fêtes, nos morts.
Les miens sont avec moi et cela ne regarde pas grand monde que mes proches.
La peine, l’indicible, l’intime…
Pour moi joies, peines, vie, mort, c’est notre condition d’humains, et c‘est -en dépassant nos choix et désaccords- ce qui nous rassemble vraiment.

vendredi 8 décembre 2017

Retour au calme



Dans le cocon bulle  
les sons cessent de bruisser
flocons suspendus


Quelques souffles d'air  
un frisson du temps s'étire  
juste avant le noir


Derniers mots tombés
quand le silence s'ébroue
place nette aux notes



mercredi 6 décembre 2017

Feutré






La torpeur de l'air
figé sur le lac glacé
gèle le silence




lundi 4 décembre 2017

La chèvre et le chou



Dès que la chèvre veut brouter
rien ne peut cet animal arrêter
Certains diront esprit de liberté
Se jouant des routes et des chemins escarpés
D’autres jugeront sévèrement l’inanité
De l’animal grimpant à s’émanciper
Faisant fi de l’accident, d’abandonner  
A jamais ses pauvres petits biquets.
Un jour une chèvre aux pattes blanches
Ne put ainsi à l’appel résister
Quitta les abords familiers de son pâturage  
Cherchant fortune en un voisin voyage
En quête d’herbe à paître nouvelle
Qui remplisse ses mamelles.
Comptant déjà en ses pensées  
D’un hochement de cornes appuyé
D’herbe à puce se sustenter  
Elle n’oubliait point l’armoise tridentée
Qu’un parent caprin l’an passé lui avait vantée,
Et ne dédaignerait pas non plus
Folâtrer goulûment dans un talus de kudzu.
Non contente de saliver à ces mets majuscules
Elle savait ses chances minuscules
N’osait même penser, incrédule,
Pouvoir se régaler d’euphorbe ésule.
Le hasard comme cap la voit enjamber
Un ruisselet, sur un petit pont de planche,
Dont l’onde pure ne la trouble guère
Puisqu’elle n’a pas de frère  
Personne alentour, clair est l’horizon
Il est temps, continuons  
Ah, mais au beau milieu du pont, qu’est-ce donc ?
Elle approche comme à reculons,
Sur la planche gît un chou
Elle tend la corne après le cou, renâcle à l’imprévu
Car elle n’en a jamais vu.
Pour elle enivrée déjà d’euphorbe et de kudzu,
Qu’elle méconnaisse le chou
Ne manque point de sel.
Serait-ce un mauvais tour du loup ?
Comme on ferait du pot,
Elle tourne autour du chou, tant et si bien
Le pont étant restreint
Que tous deux tombent dans l’eau .
La chèvre songe bientôt
A certaines leçons et à leurs fromages
Qui ne restent pas sans dommage
C’est un point de vue…  
Dont la surprend l’issue
Quand apparaît un de ses biquets délaissés
Qui s’étant échappé avait renoué
L’ancestral et atavique fil aventurier
En un de ces moyens que sa faim justifiait.
Manquant se rompre le cou
Il résolut hardiment le tout 
Quand la chèvre saute au chou,
Le chevreau y saute itou